À LA MARGE
L’appartenance procure à l’être humain un sentiment de sécurité fondamental. Au Maroc, ce lien a longtemps pris la forme d’un tissu social dense et solidaire, où l’entraide entre voisins et la vie de quartier constituaient des ressources essentielles pour chacun. Cet héritage s’inscrit dans l’histoire de nos médinas : derrière leurs remparts coexistaient harmonieusement, commerçants, artisans, notables et familles modestes. Ils partagent tous un même espace de vie et une même appartenance à la cité. Les murs d’autrefois ne séparaient pas les classes ; ils entouraient et protégeaient l’ensemble de la communauté.
Aujourd’hui, les villes marocaines connaissent de profondes transformations urbaines. Cette modernisation, dont nous pouvons légitimement être fiers, redessine nos villes et leurs paysages. Mais elle soulève également des questions essentielles sur la mémoire, l’appartenance et le vivre-ensemble. Sous l’effet de la valorisation foncière et des nouvelles dynamiques urbaines, certaines populations se trouvent progressivement éloignées des centres-villes tandis que d’autres occupent les espaces les plus prisés. Ces mutations modifient les équilibres sociaux et interrogent la place de chacun dans ces nouveaux modèles.
La thématique de cette sixième édition « À la marge », invite les artistes à explorer ces frontières mouvantes, qu’elles soient géographiques, sociales, culturelles ou symboliques, en portant attention à celles et ceux dont les récits, les expériences et les mémoires demeurent souvent en périphérie des représentations dominantes. La marge devient ainsi un observatoire privilégié des transformations contemporaines, mais aussi un espace de résistance, de création et d’invention. Dans cet esprit, Bayt Al Fenn encourage cette année les protagonistes à se placer à la lisière des mutations urbaines afin d’arpenter les contours physiques et humains de nos villes. Là où les projets d’aménagement dessinent de nouveaux territoires, l’artiste peut révéler ce qui échappe aux logiques administratives : les souvenirs attachés aux lieux, les habitudes de vie, les liens de voisinage, les formes de solidarité, mais aussi l’expérience intime du déplacement, de la rupture et des recompositions qu’ils engendrent.
En questionnant les notions de centre et de périphérie, de visibilité et d’invisibilité, d’inclusion et d’exclusion, cette sixième édition invite à réfléchir aux modèles de ville que nous construisons collectivement. En révélant ce qui se joue à la marge, l’art peut contribuer à ouvrir de nouvelles perspectives sur la communauté, sur la mémoire urbaine et sur les futurs que nous choisissons de bâtir ensemble.
